Plaidoyer pour une stratégie hybride de l’Union Européenne

Par Ingo Mayr-Knoch, Nathalie Mair et Jean Mittelstaedt

 

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Les actions de la Russie en Crimée et dans l’Est de l’Ukraine en 2014 ont souvent été qualifiées par le terme de « guerre hybride » (cf. H. Reisinger et A. Golts). Le terme est insuffisant pour décrire les modes d’actions russes car il n’englobe que les aspects militaires. Une nouvelle définition est alors nécessaire afin de décrire les caractéristiques d’un changement de mode opératoire dans les conflits modernes.

Vers une définition de la stratégie hybride

Frank G. Hoffman, dans son concept de guerre hybride définit l’ennemi comme « celui qui, simultanément et de manière modulable, emploie un mélange fusionné d’armes conventionnelles, de tactiques irrégulières, de terrorisme et de comportement criminel dans l’espace de bataille. » Hoffman se base sur le concept de « guerre composée » (cf. T. M. Huber) selon lequel l’insurrection et la guerre conventionnelle sont utilisées concomitamment et augmentent celui-ci des variables du terrorisme et de la criminalité. La guerre hybride abolit ainsi les frontières artificielles érigées entre les différentes catégories de guerre. Cette approche a influencé certains théoriciens militaires israéliens qui l’ont décrit comme une guerre sociale, qui, libérée de la contrainte sociale, gagne un avantage cognitif (cf. T. B. McCulloh). Bien que ses intentions soient louables, l’approche d’Hoffman érige de nouvelles catégories artificielles qui contraignent la pensée et la restreignent au domaine purement militaire. À titre d’illustration, l’utilisation de manifestants pacifiques en combinaison avec des forces rebelles sous l’œil des médias crée un obstacle tactique majeur à une utilisation de forces conventionnelles et dépasse le concept de « guerre hybride » d’Hoffman. L’intégration des instruments de pression civils aux moyens militaires est cruciale afin de permettre leur utilisation fluide à tous les niveaux : stratégique, opérationnel et tactique. Deux auteurs chinois, les colonels L. Qiao et X. Wang, ont théorisé le concept de « guerre illimitée » afin de surpasser les catégorisations en matière de pensée stratégique. Leur concept prône la créativité illimitée : tout ce qui peut nuire à l’adversaire peut être utilisé comme arme. Ainsi, la propagation d’informations biaisées afin de provoquer un crash boursier artificiel a un potentiel de nuisance élevé pour l’ennemi. Néanmoins, en qualifiant d’instrument tout ce qui pourrait diminuer l’ennemi, un dernier obstacle théorique demeure. L’objectif d’un conflit n’est pas de blesser, diminuer ou détruire l’adversaire ; l’objectif est d’influencer le comportement de l’ennemi afin qu’il se conforme à notre volonté. C’est dans la capacité à déterminer le comportement des autres acteurs que réside l’essence du pouvoir (cf. J. S. Nye).

Afin de dépasser l’approche des colonels chinois et amener l’abolition des frontières stratégiques au niveau supérieur, nous proposons le terme de « stratégie hybride ». Cette stratégie peut être définie comme « l’utilisation intégrée de tout instrument capable d’influer la trajectoire d’un acteur pour atteindre des objectifs. »

La stratégie hybride réduit ainsi la stratégie à son essence : l’influence. Cette approche a l’avantage de rendre obsolète les frontières culturelles, institutionnelles et sociales. Tout instrument, capable d’arquer la stratégie d’un acteur, est défini comme un instrument d’influence, ce qui inclut les instruments violents et non violents, coopératifs ou conflictuels. Son succès réside dans le ciblage des instruments d’influence capables d’atteindre les faiblesses institutionnelles, culturelles ou conceptuelles qui existent chez l’adversaire afin de l’influencer sans qu’il puisse répliquer rapidement ou effectivement.

L’analyse des processus décisionnels et celle de la mise en place de ces décisions permettent de définir à quels points l’adversaire est susceptible à notre influence. Pour atteindre ses buts, un acteur a besoin de capacités, notamment financières, économiques, militaires et d’information, d’un plan pour utiliser ces capacités ainsi que d’une volonté politique d’utiliser ces capacités. Les objectifs et la manière d’utiliser ces capacités sont le résultat d’un processus de décision fortement influencé par le cadre culturel de l’acteur et son analyse des autres acteurs.

Ce processus de prise de décision est le même, qu’il soit appliqué par une personne ou par une organisation telle que peut l’être un État ou un groupe d’insurgés. Une organisation est composée d’une myriade de sous-systèmes, par exemple les partis politiques, les entreprises multinationales, les groupes religieux, les classes sociales ou les groupes ethniques.

La culture a un impact fondamental sur le processus de prise de décision d’un acteur. Cependant, influencer la culture représente un effort laborieux car c’est un domaine qui est, par nature, difficile à contrôler activement. Il existe toutefois trois moyens d’influencer la culture : en agissant sur les théories, les idéologies et la réputation. Les théories économiques, politiques et militaires peuvent être modulées en finançant la recherche académique, grâce à des think tanks et des universités ou encore en sponsorisant des événements médiatiques et des échanges d’étudiants. Les idéologies peuvent être de nature économique, politique et religieuse. À titre d’exemple, la démocratie, les droits de l’Homme, le capitalisme, l’environnementalisme sont des idéologies politiques et économiques qui influencent profondément les acteurs du monde.

L’image et la réputation d’un acteur sont fonction de chaque action qu’il entreprend. Au niveau étatique, celles-ci incluent notamment les actions politiques extérieures et les accords de commerce. La puissance douce (soft power) de la société civile comme l’export de biens, de musique, littérature, art, gastronomie et films, est d’une importance notable (cf. J. S. Nye).

La planification d’un acteur dépend de sa capacité d’analyse des situations présentes et futures. Ces prédictions, fortement influencées par le cadre culturel de l’acteur et sa perception des autres acteurs, sont notamment sujettes à des erreurs d’interprétation. De cette analyse l’acteur déterminera ses objectifs et sa planification en fonction de ses capacités. Il est possible d’agir sur ces étapes du processus de décision en faisant usage des outils de communication afin de lancer des campagnes d’information (ou de désinformation). Il est ainsi possible de renforcer certaines parties du message, de changer ou encore d’omettre certains éléments afin de desservir son avantage. Les médias (télévisions, journaux, réseaux sociaux) sont un des outils les plus puissants pour transmettre à grande échelle des messages. À titre d’exemple, la couverture des révolutions arabes par Al Jazeera a été déterminante pour encourager la lutte des peuples arabes et convaincre l’opinion publique internationale du caractère positif de ces événements (cf. H. A. Campbell et D. Hawk).

Les objectifs et la volonté d’un acteur peuvent être influencés par des négociations, des menaces ou encore en agissant sur ses capacités. Les objectifs et la volonté d’une organisation collective telle qu’un État ou une entreprise peuvent être modelés en changeant la structure de pouvoir du système. Ainsi, le système politique peut être changé de l’intérieur par une prise de pouvoir non agressive en supportant un parti politique ou des politiciens pendant les élections. Le système peut également être modifié par un coup d’État ou une révolution qui peuvent être plus ou moins violents. Quant à la volonté collective, elle peut être changée en influençant les acteurs-clefs dans le processus de prise de décision, comme le font au quotidien les lobbyistes.

Les principaux domaines capacitaires d’un État sont issus de son système financier, son économie, son système d’information et de communication et sa force armée. Parce que les problèmes économiques ont un impact négatif sur le financement des capacités militaires d’un État, sur son poids dans le commerce international et sur la popularité de ses gouvernants politiques au niveau national, cibler la finance, véritable colonne vertébrale du système économique, est un moyen simple d’impacter négativement une économie domestique. Cela peut être fait par l’imposition de sanctions financières, ou encore en diffusant des informations afin de moduler le climat économique et décourager l’investissement. Dans ce contexte, l’utilisation de cyberattaques sur les systèmes financiers et économiques des pays n’ayant pas de capacités en la matière peut être assimilée à l’imposition de sanctions financières. Les rapports des multinationales et le maintien des relations commerciales bilatérales peuvent alors être des leviers influant le climat économique d’un pays. Dans cette optique, la diffusion de l’information est fondamentale. Aussi, l’établissement de capacités d’information et de communication peut permettre d’exercer une influence considérable. À titre d’exemple, la chaîne de télévision satellitaire qatarie en arabe, en anglais, en turc et en serbocroate Al Jazeera a joué un véritable rôle de mégaphone lors des révolutions arabes. La force militaire d’un acteur peut être dégradée suite à un assaut conventionnel, à des tactiques asymétriques telles que l’insurrection ou encore l’utilisation de ces deux modèles de manière combinée.

L’utilisation du concept de la stratégie hybride par l’adversaire

La stratégie hybride n’est pas une stratégie particulière mais correspondrait plutôt à un changement de perspective dans la pensée stratégique. En effet, la culture stratégique occidentale a établi des frontières artificielles entre de nombreux instruments d’influence. Ainsi, l’adversaire prendra avantage de ces angles morts culturels et institutionnels afin de surprendre et d’affaiblir l’UE ou l’Otan par l’utilisation de ses capacités d’influence.Tout en s’efforçant de rester sous la ligne rouge qui impliquerait une riposte immédiate, l’adversaire privilégie les effets sur le long terme en modulant fréquemment l’intensité et les combinaisons d’instruments utilisés afin d’échapper à une détection de son action tout en déjouant le risque qu’elle soit contrecarrée efficacement. En définitive, c’est l’intégration dans la durée de différents instruments qui assure un avantage stratégique à l’adversaire et aurait un fort impact.

Par conséquent, la vertu de cette stratégie est d’être plus créatif que l’adversaire et d’innover plus rapidement afin de maintenir celui-ci dans une position défensive et réactive. La surprise stratégique résidant dans l’invention de nouveaux instruments d’influence qui prennent avantage des faiblesses culturelles ou institutionnelles de l’adversaire, ou dans le changement fluide et rapide entre différents instruments pour garder l’adversaire en position de réaction, les dilemmes stratégiques peuvent être créés en combinant plusieurs instruments de différentes sphères. Les acteurs secondaires, plus agiles, auront un avantage, étant capable d’innover plus rapidement. Leurs faibles capacités exigeant de leur part un effort de créativité supplémentaire afin d’optimiser celles-ci. Ainsi, leur faiblesse initiale se transforme en avantage, les forçant à innover constamment. Par ailleurs, les nouvelles technologies desservent largement ces petits acteurs aux faibles ressources.

La coordination et l’intégration de différents instruments d’influence représentent ensemble l’un des plus grands défis pour un État démocratique. Exerçant un contrôle direct sur de nombreux instruments d’influence civils, les autocraties semblent avoir un avantage distinct face aux démocraties. Dans de nombreuses autocraties, une grande partie de l’économie et des médias est directement contrôlée par l’État. Par ailleurs, en démocratie, l’utilisation de certains instruments clandestins est sujet à discussions sur le plan légal et moral ; souci dont ne se préoccupent pas les régimes autoritaires.

Bien que la clandestinité ne soit jamais totalement absolue, l’utilisation clandestine des instruments d’influence permet à l’adversaire d’éviter toutes représailles. Un instrument peut être entièrement indétectable ou être difficilement attribuable. Dans le second cas, l’action est détectée mais il est difficile d’identifier son acteur. Ainsi, rester sous le niveau d’attribution met la cible des attaques dans une position difficile en matière de communication car le doute qui perdure sur la responsabilité de l’acteur empêche le soutien national et international.

Bien souvent, la clé de la victoire d’un conflit réside dans l’action sur les sous-systèmes de l’adversaire. Différents sous-systèmes peuvent être montés les uns contre les autres en exploitant des lignes de segmentations existantes. Ainsi les divisions communautaires, religieuses, ethniques, politiques, etc. peuvent servir de levier pour l’adversaire. Cette tactique du « diviser pour mieux régner » a notamment été au cœur des actions de la Russie en Ukraine en 2014.

Quel intérêt pour l’UE et pour l’Otan ?

Les pays del’UE ont de nombreuses et profondes interdépendances politiques et économiques. Ainsi, une attaque contre un seul de ses membres affectera l’ensemble du système. L’adversaire se focalisera donc sur l’UE comme système. Cependant, les agences de renseignement des différents membres de l’UE ont la particularité d’être fortement focalisées sur leurs intérêts nationaux en limitant au minimum la coordination et la coopération inter-agences au niveau européen. L’agence européenne d’analyse de renseignement du Service européen d’action extérieure (INTCEN) ne devrait pas seulement agréger les analyses des différents services nationaux afin de fournir une vision large sur le paysage du renseignement européen mais devrait également servir de lieu de rencontre pour les dirigeants politiques afin qu’ils formulent leurs besoins en matière de renseignement pour l’UE, en coopération avec l’Otan.

Les agences de renseignement ont tendance à se concentrer sur les menaces pressantes, négligeant ainsi le renseignement stratégique de long terme visant à la détection de nouvelles menaces (cf. M. M. Lowenthal). Ainsi, un centre pour le renseignement stratégique devrait être créé sous le commandement de EU INTCEN afin d’analyser les futures tactiques et stratégies de stratégie hybride. Les modèles les plus efficaces seront rapidement reproduits, le centre devrait donc moins se focaliser sur certaines menaces spécifiques mais plutôt sur les nouveaux modes d’opérations potentiellement en usage dans le monde.

Une équipe de type « red team » devrait être établie au sein de ce centre de renseignement stratégique du service européen d’action extérieure. Le rôle de cette équipe serait alors d’adapter les meilleures pratiques de stratégie et de tactique dans le monde ainsi que d’en inventer de nouvelles en se concentrant sur les faiblesses institutionnelles, stratégiques et managériales de l’UE. Cela aidera à détecter les points faibles, à prédire les approches utilisées par les adversaires et à améliorer la compréhension des instruments de la nouvelle stratégie.

Planifier une telle stratégie en développant ses instruments devrait être aussi libre que possible. L’Otan ou les différentes forces de sécurité nationale ne sont pas les meilleurs endroits pour implanter des cellules de planification de la stratégie hybride. Leur culture organisationnelle est trop concentrée sur les aspects militaires et les solutions techniques de solution de crise pour concevoir une combinaison pertinente d’instruments d’influence qui se situent souvent sur le très long terme. Cependant, les ministères des Affaires étrangères ont pour habitude de gérer différents instruments d’influence et d’organiser leur intégration. Ainsi, une petite et agile cellule de planification interdisciplinaire devrait être établie au Service européen pour l’action extérieure (SEAE) afin de coopérer étroitement avec les gouvernements nationaux de l’UE, l’Otan, les think tanks et les universités dans le but de minimiser les angles morts. Doter l’UE et l’Otan d’une capacité de stratégie hybride ne signifie d’ailleurs pas qu’il faille simplement reproduire les instruments et les stratégies des autres acteurs, car chaque acteur a son propre avantage concurrentiel comparatif et doit ainsi utiliser des instruments différents. Le principal avantage de l’UE réside dans l’image positive qu’elle évoque. Par conséquent, l’UE devrait déterminer et développer des instruments qui utilisent pleinement son image de marque. Cependant, l’UE devrait être particulièrement prudente dans l’utilisation optimale de son image, afin de ne pas la détériorer. Les instruments que l’UE peut utiliser, qui correspondent à son image de marque, seront plus concentrés sur le cadre culturel et l’aspect d’analyse de la situation du processus de prise de décision. Par ailleurs, l’un des instruments possible afin d’améliorer l’image de marque de l’UE en Russie pourrait résider dans l’établissement de visas simplifiés et de programmes d’échanges culturels entre étudiants.

Un État autoritaire a davantage de contrôle sur de nombreux instruments d’influence civile (économie, médias, etc.) que n’en ont les démocraties. De ce fait, elles semblent avoir un avantage comparatif distinct. De plus, doter l’UE d’un contrôle sur des instruments d’influence civile est d’autant plus compliqué que ne l’est sa mise en place au niveau d’un État démocratique. Le SEAE devrait tenter de façonner la culture de pensée stratégique européenne afin d’influencer la perspective stratégique des gouvernements nationaux de l’UE. En enrichissant le discours stratégique de nouvelles idées, le SEAE de l’UE peut influencer de façon significative l’élaboration de stratégies. La réflexion sur les instruments de stratégie hybride peut être engagée par le travail des think tanks et par l’organisation de discussions entre les différents lieux de recherche stratégiques nationaux. Le SEAE devrait également façonner son image d’organisme capable de trouver des solutions créativité face aux problématiques sécuritaires. Un réseau d’influence doit également être construit par le SEAE en formant les fonctionnaires des administrations nationales et de l’UE sur les instruments d’influence et la pensée de cette stratégie.

Le développement et la mise en place des principaux outils d’influence d’une stratégie hybride européenne prendront du temps. La plupart des instruments disponibles ou appropriés pour l’UE étant des instruments d’influence à long terme. Par conséquent, il est important d’amorcer leur élaboration et d’anticiper leur utilisation en amont. Il y a une certaine crainte dans les États baltes que la Russie puisse répéter sa tactique de division en exploitant les clivages existants entre la minorité russophone et le reste de la société (<i>cf.</i> The Moscow Times). Pour refuser une telle option à la Russie, les griefs des russophones dans les États baltes doivent être traités de sorte qu’ils ne puissent être exploités. Une campagne de conquête des cœurs et des esprits dans ces pays devrait être lancée maintenant.

Les opérations hybrides russes en Ukraine orientale ont été impressionnantes par leur degré d’intégration des instruments de puissance civile et militaire et leur utilisation clandestine. Néanmoins, ils sont par nature défensifs. Les actions russes sont influencées par une crainte profonde de la part du régime russe des révolutions démocratiques. Par leur intervention, les Russes voudraient annihiler tout effet de levier qu’aurait une révolution démocratique sur leur sphère d’influence. Les révolutions de couleur sont souvent considérées en Russie comme un nouvel instrument d’influence de l’UE et des États-Unis. Les révolutions, surprises stratégiques pour le régime russe, sont vues comme des manœuvres occidentales pour
instaurer un changement de régime favorable à leur cause.

La tendance actuelle, dans la littérature, est que la décomposition des limites de la pensée stratégique afin d’obtenir un avantage cognitif sur l’adversaire est quelque chose pour les adversaires de l’UE et l’Otan. Cette mentalité défensive est injustifiée. L’UE doit être consciente de ses puissants instruments d’influence qu’elle entretient avec son image de marque positive et pacifique. L’UE doit sortir de son état d’esprit défensif et utiliser un concept de stratégie hybride et commencer à penser à de nouvelles façons créatives d’utiliser activement ses possibilités.

Publié dans la Revue de Défense Nationale (Mars 2016, N°788).

Photocredit: Drone via pixabay (license)

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